Les bourses ont chuté, certaines de 30 % depuis leur plus haut niveau de début 2015.

 

Faut-il pour autant céder à la panique? Est-on à la veille de la fin d’une civilisation comme le prédisent certains gourous?  Certainement pas, gardons la tête froide et analysons plus en profondeur ce qu’il s’est passé.

 

Il faut bien avouer qu’il faut avoir le cœur bien accroché car les facteurs négatifs ne manquent pas :

 

  1. Les cours du pétrole se maintiennent sous les 30 dollars le baril;
  2. L’instabilité des banques inquiète;
  3. La réserve fédérale américaine entretient le doute quant au rythme des hausses de taux à venir;
  4. La croissance chinoise est en panne;
  5. Les cours des ressources de base dépriment;
  6. Et l’inflation s’obstine à rester basse dans les économies développées.

 

 

Pas étonnant qu’avec un tel cocktail, les marchés soient extrêmement volatils.  Dernièrement, l’Euro Stoxx 50 évoluait de -3% un jour à + 2% le lendemain pour terminer à   -3,5% le surlendemain.

Néanmoins, tous ces facteurs doivent être remis en perspective afin de mieux apprécier le risque réel qui pèse sur les marchés.  Les différents gestionnaires de vos placements l’ont bien compris et adaptent les allocations d’actifs en conséquence.  N’hésitez pas à prendre rendez-vous avec Stéphanie Bury, Xavier Jackanic ou moi-même pour plus d’explication.

Analysons maintenant un peu plus en détail ces différents éléments perturbateurs:

 

  1. Les cours du pétrole :

 

Les cours du pétrole sont extrêmement bas tout simplement parce que l’offre est supérieure à la demande.  Cette dernière n’a pas vraiment diminuée, c’est l’offre qui est plus élevée (Etats-Unis, Iran, …).

Maintenant, il faut remettre l’église au milieu du village!  Cette offre excédentaire représente 1,5 million de barils par jour sur une offre globale de 94 millions de barils par jour, soit un maigre 1,6% (volume consommé par le monde en 23 minutes).  On ne peut pas dire que la suroffre soit si importante que cela, et pourtant les prix ont chuté d’environ 75 % depuis l’apparition de ce phénomène au 1er trimestre 2014.

 

La chute est particulièrement douloureuse pour des économies dépendantes du pétrole comme le Vénézuela et le Nigéria mais ses effets se font désormais sentir sur l’économie saoudienne, l’Arabie Saoudite étant le principal responsable de la non réduction de la production.

 

Une prochaine réunion du cartel pourrait donc aboutir sur une réduction des capacités de production ce qui entrainerait une remontée des cours du pétrole.

 

Il est à noter qu’un prix du pétrole bas est favorable pour les économies développées, mais pas trop, car ces niveaux de prix mettent à mal les sociétés liées au pétrole et aux matières premières et, par répercussion, fragilisent les banques européennes qui leur ont prêté de l’argent.  Ce qui nous amène au point 2.

 

  1. L’instabilité des banques inquiète :

 

Le risque de défaut de paiement des crédits accordés par les banques est plus important mais pas insurmontable.  Le niveau de fonds propres des banques est aujourd’hui nettement plus élevé que lors de la crise de 2008.  La rentabilité des banques est cependant sous pression, en cause le niveau des taux durablement proches de 0, une réglementation de plus en plus contraignante et l’arrivée de nouveaux acteurs High Tech qui poussent les banques à se réinventer à coup d’investissements importants.

 

  1. La réserve fédérale américaine entretient le doute quant au rythme des hausses de taux à venir :

 

Les marchés n’aiment pas le manque de visibilité. Or, les banques centrales sont devenues expertes dans l’art de ne pas trop en dire.  Du coup, chacun y va de son propre pronostic.  Il se dégage cependant, de l’avis des analystes, que le maintien aux Etats-Unis d’une politique de hausse de taux à un rythme régulier confirmerait une situation outre-Atlantique dans le vert et favoriserait la remontée des cours de bourse.  Le marché de l’emploi aux Etats-Unis est fort et l’économie n’est pas en surchauffe (pas de forte accélération des salaires).  Le revenu des ménages s’est sensiblement amélioré.  Une récession aux Etats-Unis n’est donc pas le scénario principal à privilégier.

 

  1. La croissance chinoise est en panne:

 

N’en doutez pas, la Chine n’est pas en train de s’arrêter, elle se transforme !  Elle passe d’un modèle de croissance principalement basé sur les exportations à une modèle de croissance soutenu par la consommation intérieure.  Cette transformation nécessite l’émergence d’une classe moyenne et cela ne se fait pas sans mal.

 

Sur le plan commercial, le ralentissement chinois touche d’abord le marché asiatique, le plus directement exposé, ainsi que les pays producteurs de matières premières, dont la Chine est l’un des premiers clients. La Chine a en effet contribué pour près de 72 % à la croissance de l’Asie émergente depuis 2000. L’impact direct pour les sociétés européennes devrait être à priori un peu plus mesuré. Certains analystes estiment que si le taux de croissance de la demande intérieure chinoise devait chuter de 2% sur les deux prochaines années, cela se traduirait par une perte d’environ 0,6% de croissance de PIB pour la zone euro. Les pertes de débouchés pour l’Europe risquent néanmoins d’être beaucoup plus importantes compte- tenu de l’effet induit sur les pays émergents asiatiques et sur ses autres fournisseurs : les exportations vers la Chine représentent 1,5% du PIB total de la zone euro, mais l’Asie, prise dans son ensemble, pèse pour plus de 4%.

 

La situation varie cependant au sein même de l’Union. Parmi les Etats membres, l’Allemagne est la plus concernée. Le pays compte pour plus de 30% du total des échanges commerciaux sino-européens et les exportations allemandes ont chuté de 5,2% en août 2015, sa plus forte baisse depuis la crise financière. La part des exportations allemandes vers la Chine totalise par ailleurs 2,5% du PIB allemand (un niveau comparable à celui du Japon), contre 0,6% dans le reste de la zone euro. Si l’économie allemande en sera donc nécessairement affectée, en particulier le secteur des biens d’équipements et de construction, le pays conserve cependant plusieurs marges de manœuvre et son impact pourrait être modéré par le renforcement de la consommation intérieure sur le marché allemand. Cette dernière est en effet devenue le moteur principal de la croissance économique du pays devant les exportations depuis 2012 (la consommation interne a contribué à 1,4% de la croissance du PIB allemand en 2014, les exportations nettes à 0,4%).

 

  1. Les cours des ressources de base dépriment:

 

Le secteur des actions de sociétés actives dans les matières premières poursuit sa descente aux enfers entamée en 2015. Après avoir perdu 35% de sa capitalisation boursière en 2015, il accuse encore un recul de 15% en 2016.

La chute des prix des matières premières, suite à une demande mondiale en baisse conjuguée à une offre excédentaire, fait que la plupart des entreprises dans ce secteur rencontrent des difficultés à engranger des bénéfices. Et le problème se corse lorsqu’elles sont lourdement endettées. C’est le cas par exemple de Glencore à Londres ou de Nyrstar à Bruxelles, dont les actions ont plongé ces derniers mois. On peut encore citer ArcelorMittal, détenteur d’une dette de 15,7 milliards d’euros. La capitalisation boursière de ce sidérurgiste ne s’élève plus aujourd’hui qu’à 4,7 milliards. Elle était encore de 75 milliards quelques mois après la création du groupe en 2006.

Pour éviter le dépôt de bilan, ces groupes n’ont d’autre choix que de solliciter leurs actionnaires, via des augmentations de capital.

Le problème de l’endettement concerne encore des sociétés relevant d’autres secteurs. Le cimentier LafargeHolcim, l’énergéticien EDF ou encore le chimiste Solvay pour ne citer qu’eux, sont de ce registre. Parce que les investisseurs jugent leur niveau d’endettement trop élevé dans le contexte économique actuel incertain, leurs actions ont aussi sensiblement reculé depuis le début de cette année.

 

Il est à noter que toutes les sociétés ne sont pas aussi endettées et il ne faut donc pas faire une généralité de toutes les actions liées aux matières premières.

 

  1. L’inflation s’obstine à rester basse dans les économies développées:

 

Avec un prix du pétrole et des matières premières au plus bas et une faible croissance, l’inflation n’est pas prête à pointer le bout de son nez en Europe.  En toile de fond, les évolutions technologiques poussent également les prix vers le bas, ce qui ne favorise pas l’atteinte de l’objectif d’une inflation à 2 % par la Banque Centrale Européenne (BCE).  Néanmoins, celle-ci a affirmé qu’elle disposait de moyens suffisants pour atteindre ses objectifs principaux (inflation à 2% et croissance du PIB).  Récemment, Mario Draghi, le président de la BCE, estimait que le risque d’agir trop tard sur une inflation très faible était plus grand que celui d’agir trop tôt, et une attitude attentiste pouvait entraîner une perte de confiance durable, laissant supposer qu’un nouveau coup de pouce monétaire pourrait s’imposer.

 

En conclusion, les dangers sont bien existants mais les réponses qui y sont apportées sont également très présentes.  L’incertitude ambiante et le manque de visibilité poussent les marchés à de plus en plus de volatilité alors que les chiffres macro-économiques sont loin d’être catastrophiques, que du contraire !  Il ne serait pas étonnant d’assister prochainement à un rebond des marchés.

 

Pascal Appeldoorn